Comme tout le monde nous avons suivi, à travers les medias, les drames successifs survenus en Suisse suite à des agressions de chiens sur des enfants…
En tant que mère de famille (je vous rappelle qu’avant d’élever des poilus j’ai élevé 5 beaux enfants — et ce n’est pas encore fini d’ailleurs), ces épisodes dramatiques m’ont légitimement bouleversée.
En tant que personne qui réfléchit, toutefois, je me dis que bien des choses pourraient être faites et mises en oeuvre en amont, afin d’éviter que ces monstruosités n’arrivent.
La première réflexion est que d’avoir un chien est un privilège et une responsabilité, bien avant d’être un droit.
Combien de gens ne voit-on pas passer dans nos élevages familiaux, qui imaginent qu’il suffit de poser leur argent sur la table pour repartir avec un petit poilu sous le bras?
Sans compter ceux qui vous demandent à quel âge le chien pourra se reproduire (question de rentrer dans ses frais?), ceux qui vous demandent si le chien peut passer toute la journée seul au jardin, ceux qui exigent un chien "qui n’aboie pas", ceux qui voudraient leur chien à peine sevré comme palliatif à une maternité qui n’est pas venue? et j’en passe…
Une telle conception du chien, chez nous, fait que ces personnes ne repartiront jamais avec un de nos chiots et nous sommes plutôt fiers d’avoir vendus nos chiots à des familles et des gens responsables, pleins de respect, débordant d’affection et de bon sens.
Pendant que la classe politique tente de légiférer sur le problème du chien dit "dangereux" (avec un succès très relatif il faut bien le dire), les âneries fusent de toutes parts… on lit qu’un Braque de Weimar est un molosse dangereux, tout chien qui mord est un molosse et le "gentil" Labrador est opposé au méchant chien de type Bull.
Quelques personnes averties tâchent de faire savoir qu’un Labrador mord de la même façon, que des bébés ont été défigurés par des teckels et d’autres races… que la question ne réside - justement - pas dans la race mais dans la façon de faire naître des chiens, d’élever les petits, de les rendre sociables… la question est globale et ne peut être abordée par un seul bout de la lorgnette.
Que d’ignorance dans tous ces propos, que de phobies diverses, quel manque de discernement et de compréhension d’une espèce… qui a pourtant largement gagné son droit de cohabiter avec nous sur cette planète, je crois.
Faut-il vraiment rappeler à tous ces phobiques des chiens ceux qui, quotidiennement, aident les handicapés, les chercheurs d’explosifs, de drogue, ceux qui retrouvent des victimes ensevelies sous les décombres… ou, tout simplement, le toutou qui pousse grand-maman à sortir et à garder un intérêt à la vie ou le chien visiteur en hôpital qui apporte aux personnes âgées ou aux enfants malades sa gentillesse inconditionnelle, sa fraîcheur, sa joie de vivre?
Pauvre chiens… souvent exploités comme faire-valoir, que ce soit le chien à poils longs qui contribue à la fierté égocentrique de Madame — qui pour le vouloir beau à tout prix le prive d’une vie normale de chien — exploités comme signe de puissance, par des gens écrasés par la société qui n’en peuvent plus d’être "personne" et prennent un pit bull question de montrer aux passants qu’ils sont, justement, quelqu’un (une minorité, certes, mais ce sont les minorités qui font parler d’elles justement… de façon dramatique parfois - pas la majorité qui roule et n’a pas d’histoire, elle).
Exploités comme marchandises et achetés par des gens qui ne se rendent même pas compte, surtout pas compte, qu’ils alimentent ainsi des trafics monstrueux et inhumains, exploités même pour leur fourrure… Il me semble que nous, les humains, avons un compte ouvert vis-à-vis de l’espèce canine qui est largement en leur faveur.
Les annonces de pit bulls élevés n’importe comment pullulent un peu partout (allez visiter un quelconque site de petites annonces et vous en trouverez autant que vous voulez) et peuvent être achetés par n’importe qui.
Le battage publicitaire intense qui est fait autour des drames divers reliés à ces chiens, fait que plus une personne a de mauvaises raisons de se procurer un tel chien et plus elle est attirée par sa réputation désormais sulfureuse. On a tout faux…
Pendant ce temps, les propriétaires responsables de molosses trinquent: injures gratuites, hostilité affichée, peur irraisonée alors que leurs chiens sont en laisse, agressivité au quotidien des passants…
Ces chiens là ne pourront plus s’approcher d’un congénère non molosse, d’un gosse, de passants sans susciter la panique… Quand on connaît les chiens, on imagine aisément les conséquences catastrophiques d’une telle segrégation.
Les politiciens Genevois ont eu un beau matin une idée brillantissime… muselons tout le monde, comme ça, on n’aura pas besoin de se poser des questions… du chihuahua au molosse, tous en cage, comme ça le problème est enfin résolu (et hop!!).
Nous avons déjà plusieurs chiots sur ce canton et, connaissant bien leurs propriétaires, nous restons confiants que ceux-ci sauront faire opposition et ne pas observer une règlementation stupide et inique qui n’est même pas une loi d’ailleurs…
En attendant des jours plus sages, Joy’s Dream ne vendra plus de chiots sur Genève.
Nous ne faisons pas une attention particulièrement attentive au caractère de nos reproducteurs, nous ne passons pas 12 semaines à les socialiser, à les rendre aptes à vivre sereinement avec grands et petits pour être ensuite récompensés de ce travail qui nous prend tout notre temps par l’idée que nos braves chiens soient ensuite mis en cage à cause de la stupidité des phobiques obtus de tous poils.
La muselière généralisée est une absurdité qui ne sert à rien. Je commencerais - moi - par interdire de mettre au monde n’importe quel chien si on n’est pas qualifié à le faire (et je ne parle pas de pedigree mais de compétences cynophiles pointues) et l’interdiction de vendre sans un suivi réel.
Par une formation d’éducateurs canins compétents (en Suisse, n’importe qui peut s’auto proclamer éducateur canin et bien des imbecillités sont proférées par des soi-disant pros) et réservée à des personnes réellement motivées (un travail de type mémoire pourrait être exigée et nous débarasserait de bien des bouffons).
Bref… non, on ne peut pas faire de raccourcis et laisser faire pour ensuite crier au loup comme on est en train de le faire en ce moment.
Tant qu’on n’aura rien compris et qu’on se contentera de museler le pékinois de grand-maman (j’aimerais bien savoir comment on musèle un Pékinois, tiens!!) on continuera d’alimenter les torchons locaux par des faits divers dramatiques.
Triste époque… quand il faut se mettre à avoir peur des chiens parce qu’on ne peut rien contre notre peur de l’avenir, des désastres de l’humain sur notre environnement, du chômage, de la précarité, du mobbing au travail, des jeunes qu’on n’aime plus et de tout le reste…
Muselez vos peurs braves gens…